Faire du bien à la planète et se soucier des autres : c’est pour cela que Camille Boué a fondé La main levée à Couëron, en Loire-Atlantique. Elle se voue depuis un an à reconnecter les entreprises et leurs salariés au sol, et à sa mystérieuse biodiversité. Animée par une énergie solaire et positive, elle a plus d’un tour dans son sac pour intéresser les équipes qu’elle accueille sur ce sujet encore méconnu. Journée à la ferme, ateliers compostage, sensibilisation à l’importance des sols : aujourd’hui, la jeune femme nous raconte la genèse de cette initiative inspirante.

Camille Boué, à quel moment avez-vous décidé de reconnecter les entreprises au sol ?
Tout a commencé en 2024, lorsque j’ai voulu donner un autre cap à ma carrière professionnelle. J’étais ingénieure data analyst dans l’industrie de la chimie. Un bon poste, mais dans lequel je ne me retrouvais plus. J’ai eu l’opportunité alors de bénéficier d’une rupture conventionnelle. Je partais, sans savoir vers quel nouveau métier m’orienter, mais avec la volonté de découvrir une voie porteuse de sens. J’ai choisi de faire du bénévolat deux jours par semaine pendant six mois chez Simon, un maraîcher de ma ville. Cette démarche s’appelle « le woofing ». Je voulais ainsi prendre le temps de découvrir autre chose, faire le point et réfléchir.
Et ça a été le déclencheur ?
Tout à fait. Je mettais les mains dans la terre, je rapportais des légumes. À la pause déjeuner, j’apprenais beaucoup sur l’agriculture et sur les gens. J’ai rencontré des personnes en reconversion, parfois au bord du burn-out, qui venaient aider. J’ai compris la nécessité de l’entraide, la solidarité.
Et j’ai pris conscience que tout provient du sol : nos aliments, nos habits, les sources d’énergie qui nous servent à nous déplacer, à nous chauffer… Mais aussi que ce sol est vivant, riche en biodiversité. Et que plus il est vivant, plus il est productif et plus il empêche les phénomènes d’érosion.
Tout concordait pour que je me lance dans une activité locale qui incite à préserver les sols et leurs services écosystémiques, et également qui crée du lien entre les habitants et procure du bien-être.

Votre ville, Couëron, semble offrir un cadre idéal pour lancer un tel projet ?
Même si Couëron a subi une forte urbanisation ces quinze dernières années, elle comporte toujours 72 % de terres agricoles. Ce qui s’explique en partie par la présence des marais. À proximité se situe Notre-Dame-des-Landes, où s’est joué le combat contre l’aéroport de Nantes. Le territoire, la ville sont sensibles aux questions du développement durable, de la réinsertion sociale. On y pratique une agriculture engagée, en particulier dans le bio. Il y a du maraîchage, de l’élevage, le plus souvent de vaches laitières. Ici, de nombreux paysans sont ouverts à la discussion et au fait de partager sur leur métier.
Vous organisez des séminaires d’entreprise à la ferme. Comment en
avez-vous eu l’idée ?
J’animais des ateliers de la Fresque du Climat depuis 2021, en parallèle de mon précédent métier. Et j’étais devenue entre-temps maître-composteur. Ensuite, mon expérience dans la ferme de Simon, la Marjottière, m’a incitée à me former à l’animation de la Fresque du Sol. Et je voyais combien la contribution aux tâches créait du bien-être aussi bien pour les bénévoles que pour moi. Combien cela ressourçait d’être en lien avec la terre, la nature.
Alors comment faire pour relier ces activités ? J’ai pensé à proposer un séminaire d’entreprise dans le cadre d’un consulting en Responsabilité sociétale des entreprises. Simon a accepté d’accueillir des équipes de salariés afin de parler de son activité de maraîchage bio, de les faire participer au travail de la ferme. C’est inédit en France. Je n’ai pas trouvé d’autres expériences de cet ordre. Mais cela suppose que l’agriculteur trouve du temps dans son planning, pour bien encadrer les participants. Certaines saisons s’y prêtent plus que d’autres.

Ce concept fonctionne-t-il ?
Les entreprises sont demandeuses : on a accueilli plus de 50 personnes en 2025 ! Maintenant je projette d’étendre l’expérience à d’autres fermes, comme celle de Morgane qui élève des vaches laitières bio ou celle d’Anne, une arboricultrice qui a 2 ha de vergers. Elles aussi ont envie de transmettre et sont pédagogues. Et j’ai plaisir à passer du temps dans leurs exploitations, à découvrir leur fonctionnement et à donner un coup de main.
Ce n’est pas qu’une question de business pour moi, mais de cohérence et d’alignement. J’y trouve matière à me ressourcer et j’ai à cœur de bien connaître la ferme que je présente.
Qu’attendez-vous de cette journée immersive ?
Pour nous, la finalité principale est de recréer du lien entre le monde agricole et le monde de l’entreprise. Comme je l’expliquais à Romain Méril, journaliste pour Jet FM, à l’occasion de la journée mondiale des sols, on vit chacun dans une bulle sociale. Or il est important de rétablir du lien entre ces différentes bulles. Mais aussi de susciter du débat pour réfléchir à la qualité de son alimentation, et donc à sa santé, à l’importance de s’ouvrir aux produits locaux, bio, et de connaître les producteurs de son territoire. Les salariés, qui sont aussi habitants des environs, découvrent l’existence des Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, ou Amap. Et on espère voir la création de partenariats entre les entreprises et la ferme.
Les entreprises qui participent ont-elles le même objectif ?
La plupart d’entre elles viennent surtout pour renforcer la cohésion des équipes. De plus, être au contact de la nature et de la terre apaise. Cela permet de s’aérer, d’inspirer et d’insuffler de l’énergie. Mais aussi de stimuler la créativité et l’imagination. C’est pour cette raison que le directeur d’une entreprise du secteur digital a fait venir son équipe. À la fin de la journée, ils étaient lessivés après avoir enlevé deux serres de plants de tomates, mais contents, nourris de la richesse des échanges et de l’expérience ! Ils ont d’ailleurs prévu de revenir.

Vous proposez d’autres prestations aux entreprises pour les éveiller
à l’importance du sol ?
Je les sensibilise aux enjeux environnementaux dans des ateliers certifiés La Fresque du Climat, 2tonnes, La Fresque du Sol ou La Boucle du Compost. Le principe est le même à chaque fois : un jeu de cartes coopératif d’une à trois heures pour faire émerger les notions essentielles sur la transition écologique, la préservation des sols ou le compostage.

Et j’accompagne les entreprises à chaque étape de leur projet d’installation de composteur : audit, préconisation de solutions, mise en place et sensibilisation des salariés.
Il y a trois cas de figures :
- Lorsque l’entreprise n’a pas d’extérieur, je recommande la mise en place d’un composteur d’intérieur et j’interviens chaque mois pour voir si tout se passe bien.
- Si l’entreprise a un extérieur, je conseille plutôt un dispositif avec deux bacs supplémentaires : un pour le broyat et un pour le compost mature.
- Quand l’entreprise choisit de ne pas en mettre, je la dirige vers un prestataire de collecte de biodéchets.
Enfin, je propose maintenant avec trois collègues un « parcours des entreprises pour le sol ». Notre projet est labellisé par l’ADEME, l’Agence de la transition écologique. Nous accueillons 10 entreprises du Grand Ouest. L’objectif ? Par le biais de l’intelligence collective, qu’elles comprennent en quoi elles dépendent de la bonne santé pédologique et quelles sont les répercussions de leurs activités sur celle-ci. Ensuite, qu’elles élaborent une stratégie d’actions pour améliorer leur impact sur les sols.
💡Cette initiative vous a intéressé ? Vous apprécierez aussi la volonté de cet apiculteur de recréer du lien entre les entreprises et la nature.
Vous souhaitez communiquer à votre tour sur une action de votre entreprise favorable à la biodiversité ? Faites-moi part de votre témoignage sans tarder !
