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La préservation des sols s’invite dans les entreprises nantaises

Quatre entrepreneures de Bretagne et des Pays de la Loire très concernées par la santé des sols ont décidé de prendre ce sujet à bras le corps. Camille Boué, Géraldine Jacqueton, Esther Podolak et Anne Renner ont constaté que les entreprises avaient un rôle majeur à jouer dans leur préservation. Mais comment les convaincre d’y prendre part ? Elles ont élaboré un parcours labellisé par l’ADEME pour les mener de la sensibilisation à l’action. Le point sur un concept innovant.

La santé des sols, un paramètre à surveiller

Les sols, refuges de la biodiversité

Le sol, sujet pas sexy ? Tout dépend du regard que l’on veut bien jeter dessus… Quand on l’étudie, on se rend compte qu’il foisonne de vie et d’interactions passionnantes. À condition, bien sûr, qu’il soit en bonne santé.

Savez-vous que plus du quart de la biodiversité mondiale s’y trouve ? Micro-organismes, champignons et animaux de toutes sortes, dont des arthropodes, des vers, des mollusques, de petits vertébrés…, y côtoient les racines des végétaux. Tous entretiennent des relations complexes, d’ordre alimentaire, symbiotique ou de compétition, nécessaires à la fonctionnalité des services écosystémiques. Ils permettent ainsi le recyclage des matières mortes en nutriments bénéfiques aux plantes, mais aussi l’aération du sol, la filtration des eaux, le stockage du carbone…

Des écosystèmes menacés

Le problème, c’est que « 60 % des sols de l’Union européenne ne sont pas en bon état », comme le souligne la directive européenne relative à la surveillance des sols. La plupart ne peuvent donc plus assurer leurs services, ce qui entraîne une perte de rendement économique. Comment en est-on arrivé là ? Des dangers multiples pèsent sur eux tels que le déclin de la biodiversité, l’érosion, une fertilité décroissante, l’artificialisation, le tassement, les pertes de porosité et de perméabilité, les extractions intensives et les diverses pollutions. Autant de dommages sur l’environnement qui deviennent très parlants quand on chiffre le manque à gagner de services écosystémiques déficients :

« La dégradation des sols coûte à l’Union des dizaines de milliards d’euros chaque année. » Directive (UE) 2025/2360 sur la Surveillance des sols.

Santé des sols : vue d'une rue dans une ville française dont le sol est artificialisé.
L’artificialisation des sols dans les villes a un impact sur l’érosion de la biodiversité et le phénomène du ruissellement. ©Kai Pilger | Pixabay

Un bien commun réglementé

La préservation des sols devient donc un enjeu prioritaire. C’est pourquoi l’Union européenne a adopté sa Directive sur leur surveillance en 2025 : elle s’est fixée l’objectif de retrouver des sols plus sains d’ici à 2050. Pour cette même échéance, la France vise quant à elle le « Zéro artificialisation nette des sols », dans le cadre de la loi « Climat et résilience » de 2021. Et l’Agence de la Transition écologique, ou ADEME, veut aussi montrer la voie au niveau national avec sa feuille de route « Gestion durable des sols 2025-2027 ».  Elle souhaite ainsi cadrer nos usages et faire diminuer la taille de notre empreinte « sol » mondiale, c’est-à-dire les impacts de notre pays sur les sols du monde entier… Car cette empreinte représente une superficie trois fois plus grande que le territoire métropolitain !

Un Parcours des entreprises pour le sol dans le Grand Ouest

Un projet lauréat de l’ADEME

Il y a donc une urgence à agir. Dans le Grand Ouest, quatre expertes des sols et de l’agroécologie ont décidé de se saisir du sujet. Camille Boué, Géraldine Jacqueton, Esther Podolak et Anne Renner ont compris que les entreprises exerçaient un impact considérable sur la santé des sols et qu’il devenait impératif de les convier à s’en préoccuper. Elles ont alors mis au point un projet ambitieux, le « Parcours des entreprises pour le sol », et ont remporté un appel à candidature de la Fresque du Sol, outil collaboratif créé par l’ADEME.

Résultat ? Elles proposent aujourd’hui un parcours ADEME que Marc-André Sélosse, professeur du Muséum national d’histoire naturelle engagé sur la question, a accepté de parrainer.

« Il faut revoir notre manière de percevoir le sol : un patrimoine exceptionnel, qui rend de nombreux services et que nous devons transmettre aux générations futures. » Marc-André Sélosse, La Recherche 

Santé des sols : Affiche du Parcours ADEME des Entreprises pour le sol.

Un atout dans la stratégie RSE d’une entreprise

Mais comment inciter à protéger ce que l’on ne connait pas, ou mal ? Nos quatre expertes ont conscience qu’elles doivent en priorité sensibiliser les entreprises, avant de les inciter à passer à l’action. Elles doivent leur faire comprendre que ce sujet concerne tous les secteurs de l’économie. Et les convaincre qu’il constitue un angle d’entrée intéressant dans la stratégie RSE de chaque entreprise.

Anne Renner insiste d’ailleurs sur l’avantage de traiter une question qui a une incidence sur chaque facette de la transition écologique : « On envisage le sol dans une vision globale et systémique, car il touche l’ensemble des limites planétaires. » S’attaquer à ce problème revient donc à s’occuper des impacts de l’entreprise sur l’environnement à différents niveaux. Mais aussi à rester vigilant sur un bien commun fragile et menacé, pourtant source de la plupart de nos matières premières. Cela suppose enfin de s’emparer des problématiques de son territoire et de s’inclure dans une dynamique de coopération pour associer les efforts.

Un programme porteur

Et c’est bien vers une dynamique collaborative que le Parcours des entreprises pour le sol incite à s’orienter. Il s’agit en effet d’accompagner une dizaine d’entreprises de la sensibilisation à l’action collective en quatre étapes, au rythme d’une demi-journée par mois. Les quatre sessions sont ainsi assez espacées pour favoriser un processus de maturation et d’émergence des idées. Chacune accueille deux salariés de chaque entreprise, chargés de faire le lien avec le reste de leur équipe.

Quel en est le déroulement ?

1.       Un atelier immersif de la fresque du sol ;

2.       Une session consacrée à l’impact de l’entreprise sur son environnement direct, à travers les notions de l’eau, la biodiversité, la renaturation et la désartificialisation ;

3.       Une session centrée sur l’activité de l’entreprise et sur sa dépendance au sol ainsi que son impact sur celui-ci. C’est l’occasion d’aborder les notions d’économie circulaire, d’écoconception, du devenir des déchets, mais aussi de reporting extra-financier pour chiffrer l’engagement et les actions concrètes.

4.       Une séance finale où chacun présente un plan d’action individuel et repart avec une feuille de route enrichie.

« L’objectif à l’issue de ces rencontres, indique Camille Boué, c’est que chaque entreprise présente son plan d’action, et qu’ainsi elles se challengent toutes sur leurs engagements respectifs. » Tel est le côté bénéfique de l’énergie coopérative.

Des regards croisés sur les impacts des entreprises sur les sols

Profiter de l’intelligence collective

Car la mutualisation des avis, des savoirs et des expériences permet toujours d’avancer plus loin et de prendre davantage de recul. Les créatrices du programme ont fait le pari de le baser sur ce principe pour motiver les participants à s’investir et à engager leur responsabilité. C’est en échangeant entre eux et en suscitant le débat à l’intérieur de l’entreprise qu’ils pourront déclencher des prises de conscience, lever des freins et établir des synergies d’action sur leur territoire. « Il ne s’agit ni de fournir une réponse concrète pour chaque structure, ni de proposer un parcours RSE individuel, mais de mettre en place une énergie collective et de permettre de s’acculturer à un sujet auquel la plupart des entreprises ne sont pas habituées », précise Camille Boué.

Le Parcours des entreprises pour le sol repose sur la force de l’intelligence collective. ©Vilius Kukanauskas | Pixabay

Bénéficier d’avis d’experts…

Elles ont choisi par ailleurs de faire intervenir dans les étapes 2 et 3 de leur parcours plusieurs experts et rapporteurs d’expérience. Le but ? Que les entreprises se rendent compte des limites de leur fonctionnement actuel, voient ce qu’il est possible de faire, ce qui marche ou non, et évaluent les bénéfices qu’elles pourront en retirer. Qui sont les experts ? Des scientifiques comme Marc-André Sélosse, qui ouvrira le premier parcours, en septembre prochain, avec une intervention d’une heure sur la biodiversité des sols. Mais aussi des ingénieurs en écologie, des intervenants de l’Agence de l’eau, etc.

… et de retours d’expériences

Les participants tireront bénéfices aussi des témoignages d’autres entreprises. Cela peut être des porteurs de projets dans le cadre de la séquence « Éviter, Réduire, Compenser ». Mais aussi des organismes ayant participé à un parcours de la Convention des entreprises pour le climat.

C’est le cas du Technicentre Maintenance Bretagne de la SNCF à Rennes qui en est sorti en 2024 avec une feuille de route et une vision jusqu’en 2030. Depuis deux ans maintenant, il revégétalise son site industriel de 16 hectares et réussit à impliquer les salariés dans ce projet, même les soirs et les week-ends. Ils ont déjà planté des espèces endémiques sur une surface de 1 000 m2 et ont l’intention de renaturer 16 000 m2 d’ici quatre ans !

Mais aussi voir comment le territoire se positionne

Par ailleurs, nos quatre fondatrices attendent avec impatience l’intervention de la Métropole de Nantes. Car « c’est l’enjeu commun des participants et des organisatrices du parcours de savoir comment les collectivités vont se mettre en marche sur la question du sol », explique Camille Boué. « Nous voulons connaître la politique du territoire à ce sujet et ce que l’on attend des entreprises vis-à-vis d’un sol qui appartient à tout le monde. »

Et diffuser le concept à large échelle

L’histoire du parcours se limite-t-elle au Grand Ouest ? Pas du tout. Camille Boué, Géraldine Jacqueton, Esther Podolak et Anne Renner aimeraient que cette expérience se développe à l’échelle nationale. Elles espèrent que leur projet inspirera d’autres experts du sol dans d’autres régions et que ce concept se propagera pour pousser toujours plus d’entreprises à préserver les sols. Car elles voient bien lors de leurs webinaires de présentation que la demande est forte.

Vous souhaitez que votre entreprise participe à cette réflexion sur la santé des sols, pour mieux comprendre la dépendance et l’impact de votre activité sur ceux-ci ? Un parcours réservé aux entreprises de la communauté d’agglomération de Nantes débutera en septembre prochain. N’attendez pas : le nombre de places est limité ! Pour information, les appels à candidature suivants auront vocation à s’ouvrir au reste du Grand Ouest.

À votre tour, vous avez envie de témoigner sur les actions de protection de la biodiversité et des écosystèmes menées par votre entreprise ? Contactez-moi ! Je suis à votre écoute pour en discuter.

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